7:35 - Vendredi 23 octobre, 2020

- 6. Rabīʿ al-Awwal 1442

Objectivité, équité et justice


Allah le Très Haut dit : Ô croyants ! Observez strictement la justice [Qist] et soyez des témoins véridiques comme Dieu l’ordonne, fût-ce t’il à votre propre détriment, vis-à-vis de vos parents ou de vos proches, qu’il s’agisse d’un puissant ou d’une personne ordinaire, Dieu a priorité sur eux. Ne suivez donc pas les passions, afin de ne pas dévier de la justice [‘adl]… [4;135], (…) Arrangez les choses entre eux avec équité [‘adl] et soyez justes [Qist], Dieu certes aime les gens justes [49;9]. Le Coran nous exhorte en de nombreux endroits – plus d’une dizaine – à être des gens justes, honnêtes, équitables, et objectifs, dans toutes les situations et vis-à-vis de tout un chacun, y compris vis-à-vis de nous-mêmes ou de nos proches, et en fait un élément composant et procédant de la foi comme le prouve le premier verset cité. Dieu dit par ailleurs : Certes, Dieu commande l’équité, la bienfaisance et l’assistance aux proches. Et Il interdit la turpitude, l’acte répréhensible et la rébellion. Il vous exhorte afin que vous vous souveniez [16;90], Dis : Mon Seigneur a commandé l’équité… [7;29]. Plus que cela, le Coran fait de l’établissement de la justice l’une des missions et des raisons de l’envoi des Prophètes et Messagers : Nous avons effectivement envoyé Nos Messagers avec des preuves évidentes, et fait descendre avec eux le Livre et la balance, afin que les gens établissent la justice [57;25]. Ceci étant, de nombreux savants, parmi lesquels l’Imam Abou Hamid Al Ghazali, ont compté les noms de Juste [Al ‘Adil] et d’Équitable [Al Mouqsit] parmi les Beaux Noms d’Allah que l’on peut déduire du Coran et par lesquels nous pouvons l’invoquer : [Dieu] rétribuera les croyants ayant agi en bien avec justice [10;4], à chaque communauté un Messager, et lorsque leur messager vint, tout se décida en équité entre eux et ils ne furent point lésés [10;47].

Du point de vue de la Législation religieuse [Al char’], être juste, équitable, objectif, est très certainement une obligation [fard] et un devoir moral, et non pas seulement une œuvre surérogatoire [nafila] ou souhaitable [moustahab] à laquelle nous serions en droit de déroger. Arrêtons-nous donc sur ce sujet objet de consensus, auquel le Coran donne une grande importance.

Être juste et objectif dans ses rapports avec autrui. Qu’il s’agisse d’un proche, comme dans le cas de l’épouse au sujet de laquelle Dieu dit : et si vous craignez de ne pas être équitable, alors une seule [4;3] ; de l’orphelin qui est à notre charge et dont on gère l’héritage : soyez justes avec les orphelins [4;127] ; ou entre nos enfants au sujet desquels le Prophète (paix et salut sur lui) dit contestant le don d’un père à l’un de ses enfants à l’exclusion des autres : craignez Dieu et soyez équitables envers vos enfants [Al Boukhari & Mouslim] ; le principe de justice stricte s’applique. Cette équité doit se manifester dans les actes, les gestes, mêmes dans les paroles : Et ne vous approchez des biens de l’orphelin que de la plus belle manière, jusqu’à ce qu’il ait atteint sa majorité. Et donnez la juste mesure et le bon poids, en toute justice. Nous n’imposons à une âme que selon sa capacité. Et quand vous parlez, soyez équitables même s’il s’agit d’un proche parent. Et remplissez votre engagement envers Dieu. Voilà ce à quoi Il vous enjoint. Peut-être vous rappellerez-vous [6;152]. Quant aux sentiments qui relèvent des choses du cœur et que l’on ne peut jauger à souhait, Dieu dans Sa Clémence ne nous a pas réclamé ici une justice stricte, tant que le penchant que l’on peut avoir ne se traduit pas par une quelconque injustice [Cf. 4;129].

Nous, musulmans, devons de plus, être équitables et justes envers tous, hommes ou femmes, riches ou pauvres, proches ou lointains, musulmans ou non-musulmans, amis ou ennemis. Dieu fait même de la capacité à faire abstraction du ressentiment que l’on peut éprouver justement à l’endroit d’autrui, et de l’objectivité à son égard un signe de foi et de piété : Ô les croyants ! Soyez obéissants à Dieu et (soyez) des témoins équitables. Et que le ressentiment que vous pouvez avoir à l’égard d’autrui ne vous incite pas à être injuste. Pratiquez l’équité : cela est plus proche de la piété. Et craignez Dieu, car Dieu est certes Parfaitement Connaisseur de ce que vous faites [5;8]. C’est-à-dire que si nous avons une inimitié légitime – selon nous – à l’égard d’un frère ou d’une sœur, cela ne doit pas nous permettre de remettre en cause la qualité ou la véracité de sa foi, ni de remettre en question ses qualités ou ses bonnes œuvres ; et si nous éprouvons un ressentiment vis-à-vis de personnes qui ne partagent pas notre foi ou nos principes, cela ne nous autorise pourtant pas à les déshumaniser ou à être injustes envers eux pour autant – quand bien même ce ressentiment serait justifié par l’attitude de ces gens. Dieu dit à Son Prophète (paix et salut sur lui) en parlant des gens qui lui étaient hostiles : et s’ils sollicitent ton jugement juge entre eux avec équité, Dieu aime les équitables [5;42], Et si l’un des associateurs (hostiles à ta mission) te demande asile, accorde-le lui, afin qu’il entende la parole de Dieu, puis fais-le parvenir à son lieu de sécurité, car ce sont des gens qui ne savent pas [9;6], Appelle donc (les gens) à cela ; reste droit comme il te l’a été commandé ; ne suis pas leurs passions ; et dis : Je crois en tout ce que Dieu a fait descendre comme Livre, et il m’a été commandé d’être équitable envers vous [42;15].

L’équité/objectivité vis-à-vis des proches peut parfois nous amener à dénoncer leur comportement ou leurs actes, voire même nos propres actions : Ô croyants ! Observez strictement la justice et soyez des témoins véridiques comme Dieu l’ordonne, fût-ce t’il à votre propre détriment, vis-à-vis de vos parents ou de vos proches (…). L’amitié ou l’amour que l’on peut ressentir vis-à-vis d’un proche, ou l’amour-propre que l’on peut avoir, sont qualifiés par Dieu de passions dès lors qu’ils nous empêchent de faire preuve de clairvoyance : Ne suivez donc pas les passions, afin de ne pas dévier de la justice… [4;135]. Cela relève de la foi et n’est pas chose facile, tant l’individu a peur de mal se faire voir ou de se fâcher avec les gens qui lui sont chers ; nous devons alors nous souvenir de Dieu Duquel Seul nous devons chercher la Satisfaction et trouver la façon la plus correcte de faire accepter le jugement religieux aux gens ou à notre égo.

La justice doit s’exprimer également dans tout travail que l’on réalise en étant honnête. Le Coran insiste particulièrement sur le commerce en de nombreux passages comme dans cette parole de Choua’ïb : Ô mon peuple, faites équitablement pleine mesure et plein poids, ne dépréciez pas aux gens leurs valeurs et ne semez pas la corruption sur terre [11;85]. Il cite également les fonctions administratives, comme celle du scribe au sujet du contrat de prêt : qu’un scribe l’écrive, entre vous, en toute justice [2;282]. Mais il ressort clairement des textes déjà mentionnés, que cette qualité de justice doit être recherchée dans toute fonction que l’on occupe.

Les gens justes ont dans l’Islam un grand mérite et jouiront dans l’au-delà de nombreuses faveurs. Dieu donne en exemple dans la sourate Al Nahl celui qui ordonne la justice et qui est sur le droit chemin [16;76] et met même ces gens à un niveau comparable à celui des prophètes lorsqu’Il dit : Ceux qui ne croient pas aux signes de Dieu, tuent injustement les prophètes et tuent les gens qui commandent la justice, annonce-leur un châtiment douloureux [3;21]. Enfin, le Prophète (paix et salut sur lui) nous dit que les gens justes seront dans des tribunes/loges éclairées le Jour du Jugement, bien proches de Dieu : ceux qui ont été justes dans leurs positions, avec leurs familles et les gens qui les entouraient ! [Mouslim].


Rubrique: Se réformer