19:08 - Mardi 11 décembre, 2018

- 2. Rabīʿ al-Ākhir 1440

Ali Ibn Abi Taleb


Comme nous l’avons dit, Ali fut présent, au premier rang, lors de tous les évènements cruciaux de la genèse de l’Islam. Il fut présent à Badr et à Ohoud où il fit montre d’une bravoure et d’une témérité devenues légendaires. Lors de la négociation de la trêve de Houdaybiya, Ali eut le rôle de scribe chargé de rédiger le traité d’armistice avec Quraysh. Il n’accepta pas de se plier aux directives de Souhayl Ibn Amr qui refusait les mentions de Clément et de Miséricordieux pour qualifier Allah, et le titre d’Envoyé d’Allah pour désigner Mohammad.

La veille de la prise de Khaybar, le Prophète (paix et salut sur lui) annonça qu’il remettrait pour l’occasion l’étendard de la foi à un homme aimant et aimé d’Allah et de son Prophète. Tout le monde espérait être l’heureux élu, et ce fut Ali qui fut finalement désigné. Il souffrait alors d’une conjonctivite que le Prophète guérit en appliquant un peu de sa salive sur les yeux du malade et en invoquant pour lui.

Ali fut encore désigné pour administrer Médine durant l’expédition de Tabouk en l’an 9H. Il fut énormément déçu d’être relégué à une tâche administrative et préférait largement partir au front. Le Prophète (paix et salut sur lui) maintint sa décision et le consola en lui disant : « ne te satisfaits-tu pas d’être pour moi ce qu’Aaron fut pour Moïse, si ce n’est qu’il n’y aura plus de prophète après moi ? » (Al Boukhari). Aaron était l’adjoint de Moïse et fut chargé de veiller sur le peuple pendant que Moïse se rendait au Sinaï pour recevoir les dix commandements. Pour ne pas laisser place au doute le Prophète (paix et salut sur lui) jugea utile de préciser, qu’Ali, à la différence de Aaron, n’était pas et ne serait jamais un prophète.

En l’an 10, Ali fut mandaté par le Prophète pour aller enseigner l’Islam au Yémen et y faire office de préfet. Ali chercha à se dérober de cette responsabilité qui lui paraissait trop lourde : « Ô Envoyé d’Allah, tu m’envoies gouverner des gens plus âgés que moi, et je ne me sens pas compétent à juger entre les gens ». Le Prophète (paix et salut sur lui) posa alors la main sur la poitrine de son jeune cousin et fit cette prière : « Ô Allah, affermis sa langue et guide son cœur », puis il dit : « Ô Ali, ne juge jamais un différend sans prendre le temps d’écouter la version de chaque parti ! Si tu fais ainsi, alors ton jugement sera juste ». Ali confirma par la suite qu’en mettant en pratique cette consigne prophétique, il n’eut jamais de difficulté à arbitrer les conflits.

La même année, Ali eut la triste responsabilité de procéder à la toilette mortuaire du Prophète (paix et salut sur lui), avec son cousin Al Fadl Ibn Al Abbas et Oussama Ibn Zayd. Ali dira : « j’ai procédé à la toilette mortuaire du Prophète et l’ai vu aussi beau et pur mort, qu’il l’était de son vivant ».

Ali eut ensuite fort à faire pour consoler son épouse Fatima, la fille du Prophète. D’autant plus que celle-ci tomba vite gravement malade. Elle allait rejoindre son père quelque six mois plus tard.

C’est la raison pour laquelle, nous l’avons déjà dit, Ali donna une première fois son allégeance au successeur du Prophète, que fut Abou Bakr, avec quelques jours de retard, et en cercle restreint. Après le décès de son épouse, Ali jugea utile de répéter publiquement et officiellement son geste pour faire taire les rumeurs propagées par les personnes « aux cœurs malades » qui prétendaient qu’Ali était fâché de ne pas avoir été choisi pour cette responsabilité.

Fidèle à son engagement, Ali accompagnera les trois successeurs (khoulafa) de l’Envoyé d’Allah, les conseillera, les épaulera et les soutiendra autant que faire se peut ; tant il reconnaissait à la fois leur mérite et la légitimité de leurs élections respectives au poste de Calife. Al Boukhari rapporte dans son Sahihque Mohammed Ibn Hanafi, l’un des fils les plus célèbres d’Ali, interrogea son père en ces termes : « Quel était le meilleur homme après le Prophète ? – Abou Bakr, répondit Ali. – Puis qui ? – Omar, dit-il – j’eus honte d’insister, dit Mohammed, mais Ali le comprit et ajouta : puis Othman. Alors je demandai : « puis toi ? », ce à quoi Ali répondit humblement : « je ne suis quant à moi rien d’autre qu’un simple musulman ».

Nous avons déjà abordé la position d’Ali lors de la fitna qui conduisit à l’assassinat d’Othman et sa proposition de venir en aide à ce dernier. Il répondait aux détracteurs d’Ibn ‘Affan en disant : « Cessez donc de dire du mal d’Othman. Ne dîtes de lui que du bien. Ce qu’il a fait (la normalisation du Coran et la destruction des exemplaires hors-norme), il l’a fait avec le consentement de plusieurs compagnons, et j’aurais agis de même si j’avais été à sa place ».

Les marques d’amour et de respect d’Ali vis-à-vis des trois premiers Califes sont nombreuses. Il maria sa fille Oum Kalthoum à Omar, nomma deux de ses garçons Omar et Othman en hommage aux Califes du même nom, et rapportait avoir entendu le Prophète (paix et salut sur lui) vanter Abou Bakr et Omar les qualifiant de princes parmi les gens du paradis (Ahmad).

Après l’assassinat d’Othman, l’ensemble des compagnons encore présents à Médine se mirent d’accord pour élire Ali au poste de Calife.

Le Prophète (paix et salut sur lui) avait annoncé : « La gouvernance qui me succédera (khilafa) demeurera droite durant trente ans, puis Allah donnera la royauté (moulk) à qui Il veut » (Ibn Hibban, Al Tabarani / Sahih). Comme le remarque Ali Al Salabi et d’autres avant lui, ce hadith prouve qu’Ali était l’un de ces successeurs légitimes et justes étant donné que sa prise de fonction s’est faite environ vingt-cinq ans après le décès du Prophète (paix et salut sur lui) et qu’il mourut un peu moins de cinq années plus tard.


Rubrique: Les Compagnons