21:08 - Mercredi 21 novembre, 2018

- 12. Rabīʿ al-Awwal 1440

Al ihsan ou l’excellence dans les oeuvres


Allah le Très Haut dit au sujet de Joseph : Et quand il eut atteint sa maturité Nous lui accordâmes sagesse et savoir. C’est ainsi que nous récompensons les bienfaisants [12;22] ; comme Il dit au sujet de Moïse : Et quand il eut atteint sa maturité et sa pleine formation, Nous lui accordâmes sagesse et savoir. C’est ainsi que Nous récompensons les bienfaisants [28;14]. Ceci étant, Allah l’Exalté a fait de la bienfaisance ou plutôt du fait de rechercher l’excellence, dans ses œuvres, dans ses propos, et dans son comportement l’une des raisons de la création du monde. C’est ce qu’Il affirme dans Sa Parole : Et c’est Lui qui a créé les cieux et la terre en six jours, – alors que Son Trône était sur l’eau, – afin de vous mettre à l’épreuve afin de voir qui d’entre vous ferait la meilleure œuvre [11;7]. Dans un autre passage, Allah le Très Haut confirme que c’est pour que se distinguent les gens bienfaisants du reste de la création ; qu’Il nous a envoyé sur Terre, pour y vivre et y mourir, lorsqu’Il dit : Celui qui a créé la mort et la vie afin de vous mettre à l’épreuve afin de voir qui d’entre vous ferait la meilleure œuvre, et c’est Lui le Puissant, le Pardonneur [67;2]. L’œuvre dont il est question dans ces deux versets a une portée générale, et vise aussi bien l’œuvre apparente, que l’œuvre du cœur, le comportement, les propos, les prises de position etc.

Al ihsan : le fait d’être bienfaisant, ou plutôt de chercher à donner le meilleur de soi, est l’une des conditions importante qu’Allah a fixé aux individus désireux d’entrer au Paradis, après que ceux-ci aient cru en Lui et se soient soumis à Lui. En effet, répondant aux allégations de ceux qui prétendent que le simple fait d’être de la descendance de gens pieux ou de se rattacher à telle ou telle communauté suffit à être admis au Paradis, le Très Haut dit : Non, mais quiconque soumet à Dieu son être [lit. ‘se fait musulman’] tout en étant bienfaisant, aura sa rétribution auprès de son Seigneur. Pour eux, nulle crainte, et ils ne seront point attristés [2;112].

Allah le Très Haut affirme à quatre reprises dans le Coran, aimer ceux, parmi les musulmans, qui possèdent cette qualité : qui s’appliquent à Lui plaire, et cherchent à Le satisfaire, à chaque instant : Allah aime les bienfaisants ! [2;195].Ceux-là s’appliquent dans tout ce qu’ils font, sans exagération et sans mise en scène, dans les grandes œuvres [koulliyat]comme dans les œuvres moins importantes [jouz’iyyat]. C’est à cela que fait allusion la parole du Prophète (paix et salut sur lui), lorsqu’il énonce la règle générale selon laquelle Allah a prescrit la bienfaisance/l’excellence dans toute chose [Mouslim] puis qu’il cite en exemple, un acte, pouvant paraître sans grande importance, comme l’abattage des animaux que l’on mange, et dans lequel nous devons malgré tout nous appliquer, afin de bien traiter l’animal, de ne pas l’effrayer, de ne pas le brutaliser et de ne pas le faire souffrir inutilement.

Comment acquérir ou parfaire cette qualité ? Le Prophète (paix et salut sur lui) nous l’explique, dans sa réponse à l’Ange Gabriel venu l’interroger sur la définition islamique de la bienfaisance. C’est, répondit l’Envoyé de Dieu (paix et salut sur lui)de servir/adorer Allah comme si tu Le voyais, car si tu ne le vois pas, Lui te voit [Al Boukhari & Mouslim].C’est en fait une affaire de conviction profonde, comme dans la Parole du Très Haut au sujet de la prière qui est une obligation difficile [à pratiquer correctement], sauf pour les humbles, qui ont la certitude de rencontrer leur Seigneur et de retourner à Lui seul [2;45-46]. Ici, nous comprenons que la clé de la réussite est le cœur, comme nous l’a enseigné le Prophète (paix et salut sur lui) : il y a dans le corps un morceau de chair, qui lorsqu’il est sain rendra sain l’individu tout entier, et lorsqu’il est mauvais, rendra l’individu entièrement mauvais, et bien il s’agit du cœur ! [Mouslim].Ce hadith nous indique que c’est sur le cœur, dans son sens spirituel de siège des sentiments, que l’on doit travailler inlassablement. Ainsi, celui qui a acquis la conviction profonde que s’il lui est impossible de voir Dieu ici-bas, Lui l’observe, en revanche, attentivement, dans le moindre de ses gestes comme dans ses pensées, où qu’il soit et quoi qu’il fasse ; celui-là ne manquera pas de se comporter et d’agir, en toute circonstance et quelque soit la grandeur de ce qu’il entreprend comme s’il voyait le Tout Puissant devant lui en train de l’observer ! Ainsi, il ne fera pas la moindre chose, fusse-t-elle insignifiante, comme le fait d’ôter ses vêtements, ou de s’habiller, par exemple, sans prononcer les invocations de circonstance avec sa langue et avec son cœur ! Or, si nous sommes encore loin d’avoir atteint ce niveau, c’est cependant vers cela que nous devons tendre, en fournissant les efforts nécessaires et en implorant l’aide Divine.

La récompense dans cette vie avant l’autre. Tout musulman sait que la récompense Divine au niveau matériel et spirituel ne peut s’obtenir que dans l’au-delà, après la mort et la résurrection, à l’issu du Jugement, dans le Paradis qu’Allah a créé. La condition matérielle de la personne dans cette vie, n’est pas liée à sa foi ou à sa piété, sinon on ne verrait pas de croyant pieux se tordre de faim ; de même qu’à l’inverse, on ne verrait pas des injustes jouir de tous les plaisirs sans jamais être inquiétés pour le mal qu’ils font. Cependant, la personne peut, dans cette vie, être récompensée ou punie, partiellement, au niveau spirituel ; les choses prenant une autre dimension, dès lors que l’on aura quitté ce monde. Ceci peut se déduire de nombreux passages du Coran, comme le verset cité en introduction : Et quand il eut atteint sa maturité Nous lui accordâmes sagesse et savoir. C’est ainsi que nous récompensons les bienfaisants [12;22].Il est bien question, ici, de récompense : Dieu récompense Joseph pour son bon comportement, sa patience, sa piété, qui font partie de la bienfaisance, en l’éduquant, et en faisant de lui une personne sage et instruite. Dans un autre passage, Allah le Très Haut récompense Abraham, pour sa bienfaisance en guidant une partie de sa descendance :Et Nous lui donnâmes Isaac et Jacob et Nous les avons guidés tous les deux. Et Noé, Nous l’avions guidé auparavant, et parmi la descendance (d’Abraham), David, Salomon, Job, Joseph, Moïse et Aaron. Et c’est ainsi que Nous récompensons les bienfaisants [6;84]. Dans la sourate Saffat [37], c’est le secours Divin et la délivrance des épreuves qui sont accordées en récompense de la bienfaisance, comme le confirme la Parole du Très Haut, répétée à cinq reprises, au sujet, de Noé, d’Abraham, de Moïse, d’Aaron, et d’Elie : Et c’est ainsi que nous récompensons les bienfaisants ! Enfin, quelle meilleure récompense dans cette vie, que l’accompagnement Divin, en étant guidé par Lui, vers ce qu’Il aime, et protégé par Lui, de ce qu’Il n’aime pas ? Et quant à ceux qui luttent pour Notre cause, Nous les guiderons certes sur Nos sentiers, Allah est en vérité avec les bienfaisants ! [29;69].

Et Allah est plus savant !


Rubrique: Autour de la sourate Youssouf