8:03 - Dimanche 15 décembre, 2019

- 17. Rabīʿ al-Ākhir 1441

La rupture du pacte


Lors des deux années qui suivirent le pacte d’Al Houdaybiyya, les musulmans connurent une période relativement paisible durant laquelle ils purent se consacrer à la rencontre des différentes tribus d’Arabie, leur présentant ainsi l’Islam authentique sans entraves.  Il y eut tout naturellement un grand nombre de conversions durant cette période, et de nombreuses alliances furent conclues. Ainsi, ils purent amplement profiter de la troisième clause du pacte : Quiconque souhaitera s’unir à Mohammad dans son pacte et son alliance pourra le faire et quiconque souhaitera s’unir à Qouraych dans son pacte et son alliance pourra le faire également ; toute agression contre la tribu qui se joindra à l’une ou à l’autre partie sera considérée comme visant cette dernière.

Cependant, durant la huitième année de l’hégire, les qurayshites voyant d’un mauvais œil l’expansion de l’Islam voulurent porter un coup aux musulmans par tribus interposées, bafouant la clause citée ci-dessus. Ainsi, les Banou Bakr soutenus par les qurayshites attaquèrent les Banou Khuza’a, alliés des musulmans, et en tuèrent plusieurs hommes. L’un d’eux pu s’échapper pour venir rendre compte de cet évènement au Prophète paix et salut sur lui, qui lui promit assistance. Les mecquois de leur côté, réalisèrent rapidement la gravité de leur soutien aux Banou Bakr dans cette agression, qui constituait une violation majeure du pacte conclu avec le Prophète paix et salut sur lui. Pris de regrets, ils se mirent d’accord pour envoyer Abou Soufyan lui-même à la rencontre du Prophète paix et salut sur lui, afin de renouveler et consolider le pacte en évitant de fâcheuses conséquences. Mais malgré son insistance, il n’obtint aucune réponse du Prophète paix et salut sur lui, qui l’ignora totalement. Il sollicita alors le soutien d’Abou Bakr et de ‘Omar, qui se détournèrent de lui. Il retourna donc à la Mecque troublé par ces réactions qu’il ne savait comment interpréter.

Le Prophète,  paix et salut sur lui, ne pouvait prendre le risque de laisser ce genre d’évènement se reproduire de peur que la région replonge dans des conflits interminables. Il décida alors dans le plus grand secret, de mobiliser ses compagnons ainsi que les tribus alliées à lui pour marcher en direction de la Mecque, ordonnant à ses hommes une totale discrétion. Parmi eux, Hatib ibn Abi Balta’a, un Mouhajir (Émigré) qui avait participé à Badr et Al Houdaybiyya, fut inquiet de cette décision. Ce dernier, originaire du Yémen, avait laissé ses proches à la Mecque sans protection, et pensa que les membres de sa famille seraient les premières victimes de la cruauté des mecquois, dès lors qu’ils seraient au courant de l’intention du Prophète paix et salut sur lui. Soucieux qu’il était, il décida d’informer les qurayshites dans l’espoir d’assurer la protection des siens par reconnaissance pour son geste. Mais le Prophète paix et salut sur lui qui avait invoqué Allah de préserver le secret sur son avancée, fut  informé par révélation, et put faire intercepter à temps la lettre adressée aux mecquois. Il fit ensuite appeler Hatib, à qui il demanda de s’expliquer, ce qu’il fit : ‘Ne te précipite pas à mon sujet, ô Messager de Dieu. Il n’y a en moi rien d’autre que le fait que j’ai foi en Dieu et en Son Messager. Je n’ai ni mécru, ni apostasié. J’étais un homme rattaché aux qurayshites, ne faisant pas partie d’eux. J’ai là-bas famille et enfant, et je n’ai pas de lien de parenté pour assurer leur protection, contrairement à tes autres compagnons. J’ai donc souhaité, par ce geste, leur faire une faveur par laquelle ils protégeraient ma famille et mes biens.’ Sur quoi le Prophète,  paix et salut sur lui, répondit : ‘Il a dit vrai. Ne lui dites rien que du bien.’ Mais ‘Omar dans sa colère voulut le sanctionner pensant que c’était un hypocrite, alors le Prophète paix et salut sur lui, lui dit : ‘Il a participé à Badr. Et qu’est-ce que tu en sais, ‘Omar ?! peut-être qu’Allah a considéré les gens de Badr et leur a dit : ‘Faites ce que vous voulez, Je vous ai pardonnés’.

Malgré cet acte de trahison, le Prophète, paix et salut sur lui, n’a pas accepté que l’on dénigre un homme qui avait prouvé sa valeur par le passé et a exhorté ses compagnons à ne pas lui en tenir rigueur et à ne l’évoquer que par ses meilleures qualités. On note ici le degré exceptionnel des gens de Badr, à qui Allah a promis le pardon jusqu’à leur dernier jour. De plus, l’intention de Hatib n’était pas de nuire aux musulmans à qui il pensait la victoire assurée. Il a plutôt été submergé par un sentiment de compassion envers les siens qui lui a fait perdre le sens des priorités et lui a fait prendre une décision erronée. Le Prophète, paix et salut sur lui, en a donc conclu que cette erreur était de l’ordre de la faiblesse humaine et que cela ne remettait pas en cause la foi de Hatib. On peut alors se questionner sur l’attitude qui consiste aujourd’hui a dénoncer son frère aussi bon soit-il, à la moindre erreur aussi légère soit-elle, allant de ce fait à l’encontre du comportement prophétique. Que dire quand ‘l’erreur’ n’est que mensonge et ne se base que sur l’interprétation fausse de celui qui accuse ?!

Le Prophète, paix et salut sur lui, ayant réussi in extremis à préserver l’effet de surprise, se mit en route pour la Mecque, accompagné de ses compagnons et des tribus alliées, formant une armée de plus de dix mille hommes tous dévoués à la cause de l’Islam.

Entre temps, Abou Soufyan avait regagné la Mecque, annonçant à ses partisans que ses tentatives auprès du Prophète paix et salut sur lui en vu de consolider leur pacte avaient échoué. Cela provoqua une vive inquiétude chez les qurayshites sans pour autant qu’ils s’attendent à la venue d’une armée si impressionnante.


Rubrique: La vie du Prophète (psl)