15:42 - Mercredi 26 septembre, 2018

- 15. Muḥarram 1440

L’œuvre du cœur


Allah le Magnifié évoque le Jour du Jugement Dernier comme le ‘le jour où ni les biens ni les enfants ne seront aucunement utile, sauf pour celui qui se présentera devant Allah avec un cœur sain’ [26;88-89]. Il décrit également, Exalté soit- Il, ceux qui entreront au Paradis comme ceux : ‘Qui craignirent Allah sans L’avoir vu, et vinrent à Lui le cœur enclin au repentir’ [50;31 à 33]. L’envoyé d’Allah, paix et salut sur lui, confirme cela, en disant : Il est dans le corps un morceau de chaire qui, s’il est sain, assainira tout le corps et, s’il est corrompu, corrompra tout le corps ; cet organe est le cœur [Al Boukhari et Mouslim]. Il dit également : L’Islam est apparent tandis que la foi est dans le cœur [Ahmad], et il frappa un jour trois fois sa poitrine, pointant son cœur du doigt et répétant : La piété est ici, la piété est ici [Mouslim]. Il ressort de cela, le fait que la religion musulmane présente deux aspects : une dimension apparente, et une autre secrète, que l’on appelle l’œuvre du cœur ou spiritualité. C’est de l’importance de cette dernière que nous traiterons dans les lignes suivantes.

L’important ne réside pas dans la quantité ou la notoriété des bonnes œuvres accomplies, mais plutôt dans la pureté et la sincérité de l’intention qui les motive. Le Prophète, que les bénédictions et la paix soient sur lui, dit dans le hadith bien connu : Les actes ne valent que par les intentions qui les motivent, et chacun ne sera rétribué que selon l’intention qui l’a motivé [Al Boukhari & Mouslim]. Nous connaissons plusieurs hadiths appuyant cela, comme celui de cet homme qui se précipita au combat, pour défendre l’Islam à un instant critique, et qui mourut alors qu’il venait de se convertir et qu’il n’avait jamais accompli la prière. L’histoire n’a pas retenu son nom, et pourtant, le Prophète dit de lui : Son œuvre est petite mais grand sera son salaire [Boukhari & Mouslim].

L’œuvre conforme à la Législation, n’est acceptée d’Allah, que si elle n’est vouée qu’à Lui seul, pour Lui plaire, gagner sa Satisfaction et échapper à sa Colère. Voilà pourquoi nos pieux prédécesseurs restaient craintifs et suspicieux vis-à-vis de leurs œuvres et ne s’y fiaient guère. Dans cet ordre d’idée, on rapporte, qu’un pieu savant était sur le point de mourir. Un de ses disciples le visita et le trouva larmoyant. Il lui dit alors : ‘Pourquoi pleurez-vous ô maître, vous n’avez fait que du bien ?’- ‘et qui me dit qu’une seule de mes bonnes œuvres ait été agréée ?!, répondit le vieuxcheikh, Ne sais-tu pas qu’Allah n’accepte que de la part des pieux ? [5;27]’. C’est de ces gens là dont parlent le Coran, lorsqu’il dit : ‘Ceux qui donnent ce qu’ils donnent tandis que leurs cœurs sont pleins de crainte à l’idée qu’ils vont rencontrer bientôt leur Seigneur’ [23;60]. En effet, comme nous l’avions déjà mentionné, le Prophète a expliqué ce verset en disant qu’il s’agissait des gens qui prient, jeunent, donnent l’aumône, et craignent que tout cela ne soit pas accepté d’eux [Al Tirmidhi, Ibn Abi Hatim].

Si la bonne intention n’excuse pas le péché, elle peut permettre à une œuvre imparfaite d’être agréée et validée. Comme dans ce hadith que rapporte Al Boukhari, où un homme sortit trois jours de suite de chez lui, dans l’intention de nourrir un pauvre. Il donna tour à tour son aumône à une prostituée, à un voleur et à un riche, en pensant qu’ils étaient de vrais nécessiteux. A chaque fois les gens l’ont raillé pour son action, mais malgré cela il a persévéré à vouloir bien faire. Et Allah a aimé cette détermination et a accepté son œuvre, même s’il eut mieux valut qu’il remette son aumône à ceux qui en avait véritablement besoin.

La bonne intention permet également d’obtenir la récompense d’une action que l’on a pu achever. Il ne s’agit pas là de celui qui s’est démotivé en cours de route et a fait marche arrière, mais plutôt de celui qui était décidé à mener à bien son projet, mais qui s’est vu frappé d’une épreuve ou qui a trouvé une œuvre meilleure à réaliser et étant prioritaire sur la première. A ce sujet Allah le Très Majestueux dit : ‘Quiconque sort de sa maison voulant émigrer vers Allah et son messager, et meurt en chemin, Allah le récompensera, Allah est Pardonneur et Miséricordieux [4;100].

Plus que cela, celui qui porte en lui une intention sincère de faire une œuvre agréée d’Allah mais qui n’en a pas la possibilité peut se voir récompenser de l’œuvre qu’il n’a pas faite, Allah est Grand ! C’est ce qu’affirment de nombreux hadiths bien connus, comme celui où le Prophète, paix et salut sur lui, affirme que celui qui se couche en ambitionnant sincèrement de se lever pour prier au milieu de la nuit mais qui ne s’est pas réveillé, se verra récompenser pour ce qu’il avait l’intention de faire, tandis que son sommeil est une aumône Divine à son égard [Ibn Majah]. Ou encore ce hadith dans lequel un pauvre musulman regarde avec admiration son frère riche dépenser sans cesse dans ce qu’aime Allah et qui se dit en lui-même : ‘O Allah, si j’avais sa fortune j’aimerai agir comme lui’. Allah récompense cet homme, en raison de sa sincérité, comme s’il avait agit de même [Al Tirmidhi]. Le signe de la sincérité ici, est de garder cette intention cachée au fond de son cœur et de ne pas la dévoiler, au risque de devenir hypocrite, comme ceux qui dirent haut et fort à qui voulait l’entendre : ‘Si Allah nous donne de sa grâce nous donnerons la zakat et serons bienfaisants. Mais lorsqu’Il leur donna de sa grâce, ils devinrent avares et ne tinrent pas leur promesse. Il a donc suscité l’hypocrisie dans leurs cœurs, jusqu’au jour où ils Le rencontreront, parce qu’ils ont trahi leur promesse et qu’ils ont menti’ [9;75 à 77].

Nous déduisons, donc, que l’œuvre du cœur est plus importante que l’œuvre des membres, qui n’est, en fait, que la confirmation et la manifestation de la première. Les principes les plus importants tels la sincérité, la pudeur envers Allah, la crainte, l’amour, l’espoir et la confiance en Lui ; la reconnaissance envers Lui et la patience pour Lui sont liés au cœur. Et à l’inverse les plus grands péchés, que sont l’orgueil, la vanité ou la haute estime de soi, l’amour du bas monde, la haine, l’envie, le désespoir en la miséricorde d’Allah ou l’assurance vis-à-vis de Lui, y sont également liés. Le Prophète, paix et salut sur lui, dit : N’entrera pas au paradis qui porte dans son cœur un simple atome d’orgueil (…) l’orgueil c’est de rejeter la vérité et de mépriser les gens [Mouslim]Qu’Allah nous préserve et purifie nos intentions et nos cœurs ! Et Allah sait mieux !


Rubrique: La religion médiane