0:47 - Mercredi 12 août, 2020

- 21. Dhū al-Ḥijja 1441

Le califat omeyade : Les réalisations


L’analyse que l’on peut faire des réalisations durant la période des Omeyades, nous montre qu’il serait fallacieux de penser que durant leur 90 années de gérance, chaque calife participa au progrès qu’il soit d’ordre financier, artistique, religieux ou même étatique : en effet, nous pouvons nettement distinguer qu’une vraie effervescence naitra sous la période marwânide bien que stoppée par l’instabilité politique ; cette période durera environ trente ans et se situe du califat de ‘Abd al Mâlik ibn Marwân à celui de Omar ibn ‘Abd al ‘Azîz. A défaut d’être exhaustif, nous tenterons de sélectionner ce qui, dans cette période, reflète au mieux l’innovation – au sens courant – et la diversité des œuvres.

C’est bien à partir du califat de ‘Abd al Mâlik ibn Marwân (685-705) qu’une nouvelle impulsion va naître : le développement et le renforcement de l’administration symbolisé par l’adoption de la langue arabe comme langue de l’Etat ainsi que l’amélioration du système graphique pour permettre une lecture sans ambiguïté des documents écrits. Ce point revêt une double importance car d’une part il est essentiel que les responsables politiques et administratifs des provinces puissent lire et comprendre les consignes écrites et reçues des autorités centrales ; la transformation ne se fit sans doute pas brusquement, mais il est à constater que le grec et le pehlevi disparurent peu à peu des documents administratifs ; d’autre part il permet une normalisation de l’orthographe coranique.

Sur le plan financier ‘Abd al Mâlik fit frapper les pièces d’une façon totalement nouvelle : dépourvues d’effigie et portant uniquement des légendes en arabe qui comprenaient la shahâda ainsi que l’indication de la date et du lieu, instaurant ainsi la première monnaie musulmane. A travers ces deux éléments, il réussira l’unité tant sur le plan de la communication au sein de l’Etat que sur le plan monétaire. Il fut également à l’initiative de couvrir la Kaaba d’un drap de soie tissé à Damas ainsi que de la réalisation du dôme du Rocher, le plus ancien monument musulman que l’on a pu dater grâce aux diverses recherches menées, comme remontant à 692 ; ce monument est très souvent confondue par de nombreux musulmans avec la mosquée d’Al Aqsa, 3ème lieu saint de l’Islam.

Cependant l’histoire retiendra que c’est sous Al Walîd (705-715), que naîtra réellement l’architecture religieuse islamique : parmi ses réalisations il y a la mosquée d’Al Aqsa et celle de Damas ainsi que l’agrandissement de la mosquée de Médine.

Malgré toutes ces réalisations le calife le plus célèbre de la dynastie omeyade est sans conteste Omar ibn ‘Abd al ‘Azîz (717-720) : petit-fils d’Omar ibn al Khattab, on le surnomme également le 5ème calife bien guidé. Bien que chronologiquement le 12ème calife, ce surnom est du à sa façon de gérer l’Etat, proche de celle des califes bien guidés mais également à sa piété ; on rapporte que son gouverneur du Khorasan (Iran) lui demanda l’autorisation de faire usage de la force alléguant le fait qu’il avait en face de lui des gens que seuls le sabre et le fouet pouvaient corriger. Le calife lui répondit : Tu as menti, c’est plutôt la justice et le droit qui peuvent les corriger. Applique-leur cela. Il supprima al jizya sur les nouveaux convertis que l’on percevait comme s’ils étaient encore des dhimmis [protégés].

C’est sous son impulsion que débutera la retranscription de la Sounnah du Prophète - la prière et le salut sur lui - ; dans une directive adressée au juriste Abû Bakr ibn ‘Amr ibn Hazm, il lui fut ordonné d’examiner ce qu’il conviendrait de faire pour réunir et fixer par écrit les hadiths : on notera à titre indicatif le travail remarquable d’Ibn Shihâb al Zuhrî, précurseur en matière de compilation mais également celui de Mâlik ibn Anas avec son œuvre, Al Muwatta.

A travers ces trois décennies, il est légitime de dire que certains califes firent preuves d’ingéniosité et leur héritage montre le point de départ de ce que l’on appellera par la suite la culture islamique. Cette embellie ne durera malheureusement qu’un temps, laissant place à la discorde et aux révoltes que nous tenterons d’analyser dans un prochain numéro In Sha’a Allah.

Et Dieu sait mieux…


Rubrique: Histoire musulmane