6:41 - Jeudi 28 octobre, 2021

- 21. Rabīʿ al-Awwal 1443

L’acquisition du savoir religieux


Allah le Très Haut dit : Pourquoi de chaque clan quelques hommes ne viendraient-il pas s’instruire dans la religion, pour pouvoir à leur retour, avertir leur peuple afin qu’ils soient sur leur garde [9;122].  Le Prophète (Paix et Salut sur lui) dit :Celui à qui Allah veut du bien, Il lui facilite la compréhension de la religion [Al Boukhari & Mouslim]. Nous avons décrit brièvement dans le dernier numéro les mérites d’étudier et d’acquérir les sciences bénéfiques en général et de la science religieuse en particulier. Celle-ci constitue « le savoir supérieur » selon l’expression d’Ibn ‘Abdel Barr. Nous allons désormais tenter d’expliquer comment acquérir ce savoir.

L’intention sincère dans la recherche du savoirLes actes ne valent que par les intentions qui les motivent, et chacun ne sera rétribué que selon ce qu’il avait l’intention de faire, a dit l’Envoyé d’Allah (Paix et Salut sur lui) [Al Boukhari & Mouslim]. Aussi, la recherche du savoir religieux est une œuvre au travers de laquelle on ne devrait rechercher que la satisfaction d’Allah, l’entrée au Paradis, et la préservation de l’Enfer. De plus, le Prophète (Paix et Salut sur lui) nous a averti du fait que parmi les trois premiers hommes qui seront jetés en Enfer, sera un homme qui a étudié dans une mauvaise intention, cherchant à travers son savoir la reconnaissance des gens, le prestige, et le titre de savant uniquement[Mouslim]. Dans le même sens, un hadith de l’Envoyé d’Allah (Paix et Salut sur lui) stipule que celui qui apprend une science au travers de laquelle on ne devrait théoriquement que chercher à se rapprocher d’avantage d’Allah, mais qui ne l’apprend que pour en tirer un profit mondain (poste, titre, salaire), ne sentira même pas l’odeur du Paradis au Jour du Jugement [Abou Daoud, Ibn Majah, auth. Ibn Hibban, Al Hakim et Al Dhahabbi]. Il faut bien noter dans ce hadith que la tournure restrictive « ne l’apprend que pour… » ne vise que celui qui apprend dans le seul but d’acquérir un profit mondain : de rivaliser avec les savants, de polémiquer avec les sots, ou de se faire remarquer des puissants, comme le précise un autre hadith [Ibn Majah, Sahih Ibn Hibban & Al Bayhaqi]. Celui qui apprend les sciences de la religion pour plaire à Allah, et que les gens salarient pour ses cours ou subventionnent pour ses études ou que l’on nomme à la tête d’une institution ; sans qu’il ne l’ait ni demandé ni recherché, n’est à priori pas concerné par ce hadith ; à lui de se monter sincère avec Allah.

Rechercher le savoir auprès de ceux qui le possèdent. Allah le Très Haut dit : Demandez aux gens du rappel si vous ne savez pas [16;43], c’est-à-dire aux savants. De plus, il faut garder en tête que le savoir est l’héritage du Prophète(Paix et Salut sur lui) et que les savants en sont ses héritiers, l’Envoyé d’Allah sws disant : les savants sont les héritiers des prophètes et les prophètes n’ont laissé après eux ni dinars ni dirhams mais ont laissé comme héritage la science ; celui qui en prend, prend certes une bonne part de celui-ci (Al Tirmidhi, Sahih). Aussi la seule recherche du savoir au travers des livres et des encyclopédies, au travers des cassettes, d’internet et des petits fascicules traduits est bénéfique mais pas suffisante. Côtoyer les vrais savants, ceux qui réunissent entre le savoir et les œuvres, ceux qui ont reçu leur savoir de vrais savants avec des chaînes de transmission remontant au Prophète sws, est primordial pour acquérir un vrai savoir, béni et correct. C’est ainsi, avec des chaînes de transmetteurs, que sont enseignés la récitation et l’exégèse du Coran et des hadiths, depuis le début de l’histoire musulmane ; et c’est ainsi que cette religion a pu jusqu’à aujourd’hui être préservée et sauvegardée du mal des imposteurs et des autodidactes : En vérité c’est Nous qui avons fait descendre le Coran, et c’est Nous qui le préserverons [15;10]. L’Imam al Nawawi disait : Si ce n’étaient les chaînes de transmission, n’importe qui pourrait dire au nom de la religion n’importe quoi. Et cette méthode est utilisée jusqu’à nos jours dans tous les domaines de la science. Lorsqu’un savant rédigeait un livre, il l’enseignait à ses élèves, puis autorisait certains d’entre eux à l’enseigner à leur tour, et ainsi de suite. Ajoutons enfin, que la science n’est pas que théorique, et que le fait de côtoyer le savant permet d’observer sa pratique et de s’inspirer de son comportement. La lecture des livres et l’écoute des conférences sont utiles et nécessaires, mais ne permettent pas cela.

L’apprentissage est sans fin. Allah oriente son Prophète (Paix et Salut sur lui), le plus instruit des êtres humains au sujet d’Allah et de sa religion, à l’invocation suivante : Et dis : Ô mon Dieu accrois mes connaissances [20;114]. C’est dire que le chemin du savoir est sans fin, on n’arrive jamais au bout : Et au-dessus de tout savant il y a plus savant que lui [12;76].Voilà pourquoi l’Imam Malik disait que « quelqu’un qui possède du savoir ne doit en aucun cas cesser d’apprendre ».

Patienter et se faire humble sur le chemin du savoir. Moussa était le grand prophète de son époque et il a pensé être l’homme le plus savant. Lorsqu’Allah lui apprit qu’il y avait sur Terre un homme plus savant que lui, Moussa ne perdit pas un instant pour partir à sa recherche. Il était tellement motivé qu’il dit à son élève : Je n’arrêterai pas avant d’avoir atteint le confluent des deux mers, dussè-je marcher de longues années [18;60]. Puis au prix d’un périple épuisant (Nous avons rencontré de la fatigue dans notre présent voyage [18;62]), il rencontra le savant qu’il cherchait et n’eut pas honte de se faire humble devant lui, pour mériter ce savoir : M’autorises-tu à te suivre afin que tu m’apprennes ce que tu sais de la guidée ? [66] (…) Si Dieu veut, tu me trouveras patient ; et je ne désobéirai à aucun de tes ordres [69]. Il faut bien se souvenir en lisant ce passage que c’est là l’interlocuteur et l’élu d’Allah, de son époque, qui parle et se fait humble pour recevoir un savoir qu’il n’avait pas ! La suite de cette histoire nous montre comment Moussa a pris sur lui, et a continué son périple même lorsqu’il n’arrivait pas à comprendre certains agissements de son maître. Alors, l’étudiant doit patienter et se faire humble dans sa recherche du savoir. Loqman disait ainsi à son fils : Supporte celui qui t’es supérieur en science et celui qui t’es inférieur. Ne rejoins les rangs des savants que celui qui a été patient avec eux, s’est attaché à eux, et a appris de leur science doucement [Ibn ‘Abdel Barr, Jami’ bayan al ‘ilm]. C’est ainsi que se distinguèrent les grands érudits de cette communauté tel Ibn ‘Abbas qui disait : Je me suis fait humble pour acquérir le savoir puis je fus honoré en le transmettant, ou encore les imams Al Shafi’i, Ahmad, Al Boukhari, ou Mouslim qui purent parfois voyager des jours et des nuits, et parcourir des kilomètres pour aller entendre un seul hadith. Qu’Allah soit satisfait d’eux !

Et Allah sait mieux !


Rubrique: Bien comprendre l'Islam