4:26 - Lundi 6 décembre, 2021

- 1. Jumādā al-Ūlā 1443

La littérature du tafsir (1/2)


Dans notre précédent article, nous présentions les trois sortes de tafsir : le tafsir bi-riwaya, le tafsir bi-ra’ay et le tafsir bi-ichara (cf. Article l’exégèse). C’est dans la continuité de cet article que nous allons ré-ouvrir la rubrique « exégèse du Coran » entamée il y a quelques années déjà, dont l’objectif sera de sélectionner des versets traitant de la croyance (aquida) et de l’éthique (akhlaq) en Islam ou des règles de la Législation (ahkam) puis d’en donner l’exégèse des savants, espérant par cela que le lecteur en tire, dans l’époque et le contexte qui sont les nôtres, des enseignements qui lui seront bénéfiques dans la pratique de sa religion. Pour cela, nous nous appuierons sur des tafsirs reconnus et fiables comme ceux d’Ibn Kathir, d’Al Qourtoubi, etc. Cela ne saurait être autrement car l’entreprise du tafsir ne doit pas être prise à la légère et requiert de solides compétences sans lesquelles l’interprétation du Coran est interdite, du moins à celui qui craint sincèrement Allah. En effet, le Très Haut dit : Dis : Mon Seigneur n’a interdit que les turpitudes, tant apparentes que secrètes, de même que le péché, l’agression sans droit et d’associer à Allah ce dont Il n’a fait descendre aucune preuve, et de dire sur Allah ce que vous ne savez pas [7;33]. Les premières générations agissaient d’ailleurs avec la plus grande prudence quand on leur demandait leur avis sur la signification d’un verset. Al Tirmidhi rapporte que le Prophète (paix et salut sur lui) a dit : celui qui parle sans science à propos du Coran qu’il sache qu’il a d’ores et déjà une place réservée en Enfer [Al Tirmidhi, Abou Dawoud & Al Nassaï]. Il dit également (paix et salut sur lui) : celui qui donne son avis sur le Coran (sans en avoir les compétences) puis voit juste, s’est (tout de même) trompé [idem]. Abou ‘Abid rapporte aussi que Masrouq et ‘Amir Cha’bi, deux célèbres suivants, disaient : prenez garde au tafsir car il s’agit d’un propos au nom de Dieu (riwaya ‘ani-
Llah).
Ceci étant, il serait trop long d’exposer dans le détail la littérature du tafsir tant celle-ci est riche. Nous nous contenterons d’en donner un aperçu non exhaustif.

Les classiques : Dans la catégorie des tafsirs bi-riwaya, exégèses se basant sur les chaines de transmission, on retiendra en premier lieu le tafsir de référence de l’imam Al Tabari (m. en 310H) qui est au tafsir ce qu’Al Boukhari est au hadith. Sa méthodologie consista à réunir tout ce qui a été rapporté dans le domaine de l’exégèse (hadith, paroles de suivants, linguistique, diversité de lectures) avec les chaines de transmissions (isnad) correspondantes. Véritable encyclopédie, ce tafsir est le plus volumineux existant – il fut imprimé en 1903 en Egypte en 30 volumes puis réédité en 15 volumes en 1954 – et selon Ibn Taymiya (m. en 705H) il est aussi le plus authentique. Les savants n’ont eu de cesse d’en faire son éloge comme Al Nawawi qui dit qu’on n’a jamais écrit de livre semblable à celui-là. Néanmoins, du fait de son volume, cette œuvre s’adresse surtout aux savants. De plus, certains récits faibles comme les isra’iliyat (récits rapportés par les gens du Livre) y sont rapportés sans indication particulière pour le lecteur non averti.

Un tafsir accessible et bénéfique à tous, savant ou simple lecteur, est celui d’Ibn Kathir (m. en 774H), l’un des plus célèbres et aussi des plus rigoureux concernant l’authenticité des récits. Ce dernier utilise aussi beaucoup l’explication du Coran par le Coran. Nous citerons aussi les exégèses de juristes comme le juge Abou Bakr Ibn ‘Arabi (m. en 543H) ou l’imam Al Qourtoubi (m. en 671H) dont l’objectif fut de se concentrer sur la présentation au travers des versets, des règles de la Loi (ahkam), et d’y exposer le licite et l’illicite. D’autres tafsirs notoires peuvent être cités : celui de l’imam Ibn Al Jawzi (m. en 597H) – un habile tafsir se basant sur des preuves authentiques, l’étude de la langue, mais également sur l’ijtihad, tout ceci au travers d’une présentation excellente dans un style clair et abrégé ; celui de l’imam Al Baghawi (m. en 510H) - un abrégé du tafsir de Tha’labi dans lequel il a retiré les hadiths inventés et les récits faibles ; le tafsir de l’imam Al Souyouti (m. en 911H), un exégèse abrégé mais qui représente un désavantage certain pour celui qui ne connait pas la science du hadith et ne peut pas distinguer entre les récits sûrs et les récits douteux car l’imam, par souci de synthèse, n’a pas mentionné les chaînes de transmetteurs.

Dans la catégorie des tafsirs bi-ra’ay, exégèses se basant sur un effort de réflexion, on peut citer celui d’Ibn ‘Atiyya (m. en 685H). Ce savant était connu pour sa connaissance du tafsir classique, de la langue arabe et du fiqh. Il ne rapportait rien sans avoir fait une étude poussée au préalable. Ibn Taymiya dit de ce tafsir qu’il est meilleur que celui de Zamarchari (dont nous parlerons plus tard), plus authentique et plus éloigné de l’innovation (en termes de dogme) même s’il en subsiste un peu en matière d’œuvres. Nous avons aussi le tafsir de Baydawi (m. en 685H), dont le seul défaut était peut-être de ne pas maîtriser la science du hadith, le tafsir de Abou Hayan Al Andalousi (m. en 745H) dont le cheikh des lecteurs (cheikh aq-qourra) Ibn Al Jazari dit que personne n’avait écrit de tafsir semblable avant lui , enfin le tafsir de Bourhan Al Din Al Biqa’i (m. en 885H) qui établit une nouvelle méthode consistant à interpréter un verset avec le verset qui suit et cherchant à établir un lien entre les sourates. Ce dernier a adopté l’avis selon lequel l’ordre des sourates est une révélation et sa méthode permit de faire ressortir de nombreux sens cachés.

Et Allah sait mieux !


Rubrique: Les sciences coraniques