19:00 - Vendredi 25 septembre, 2020

- 7. Safar 1442

L’Hégire – 2ème partie


Vers Médine.

Après avoir quitté la Mecque, le Prophète, paix et bénédictions sur lui, et Abou Bakr se dirigèrent vers le sud en direction du Yémen pour confondre leurs poursuivants. A dix kilomètres environ, ils arrivèrent à la montagne de Thawr. Là, ils se réfugièrent dans une grotte, après qu’Abou Bakr eut inspecté les lieux. Toutefois, la présence d’un scorpion échappa à sa vigilance. Tandis que le Prophète, paix et bénédictions sur lui, s’était assoupi, la tête sur les genoux d’Abou Bakr, ce dernier fut piqué par l’animal. La douleur était insupportable mais Abou Bakr restait immobile afin de ne pas troubler le sommeil du bien-aimé de Dieu, paix et bénédictions sur lui, fusse au prix de sa vie. Celui-ci finit pourtant par se réveiller et appliqua sa salive bénie sur la blessure. La douleur disparut aussitôt. Les deux compagnons demeurèrent ainsi pendant trois jours et trois nuits. La nuit, le fils d’Abou Bakr, Abdallah, leur apportait clandestinement des provisions. À la Mecque, les notables organisaient des recherches dans toutes les directions. Ils promettaient récompense à quiconque capturerait Mohammed, paix et bénédictions sur lui. Certains parvinrent même à proximité de la grotte. S’ils s’inclinaient, ils pourraient nous voir ! dit Abou Bakr, inquiet. Silence Ô Abou Bakr ! Que dis-tu de deux personnes dont Dieu est le troisième compagnon ? répliqua le Prophète, paix et bénédictions sur lui [Al Boukhari]. Par un miracle divin, les poursuivants s’en retournèrent sans les apercevoir et Allah est capable de toute chose. Le Messager, paix et bénédictions sur lui, et son sincère disciple reprirent alors la route. Ils furent rejoins par un polythéiste du nom de Abdallah ibn d’Urayqit en qui Abou Bakr avait confiance. Celui-ci leur servit de guide et ils longèrent la côte près de la Mer Rouge pour finir par atteindre Qouba dans la périphérie de Médine, le jeudi 8 du mois de Rabi’ al Awwal durant la quatorzième année de la mission prophétique (622EC).

Les deux fondements

À Qouba, le Prophète, paix et bénédictions sur lui, demeura quatre jours. Il commença en premier lieu par y faire construire une mosquée. Puis, il reprit la route avec Abou Bakr jusqu’à Médine. Les musulmans l’y attendaient avec impatience et guettaient son arrivée à l’horizon. Lorsqu’enfin il arriva, paix et bénédictions sur lui, des scènes de liesse éclatèrent comme jamais auparavant, les filles récitaient des vers pour rendre grâce à Dieu et on se bousculait pour lui proposer l’hospitalité. Avec courtoisie, ce dernier déclina toute invitation en expliquant que sa chamelle était sous l’ordre de Dieu. C’était donc elle qui choisirait son lieu de séjour. Celle-ci s’arrêta sur le site de la future mosquée et ce fut Abou Ayoub al Ansari qui eut l’honneur d’être l’hôte du Messager de Dieu, paix et bénédictions sur lui. Dès son installation, le Prophète, paix et bénédictions sur lui, posa les deux premiers fondements de toute société musulmane idéale : la mosquée et la fraternité, le premier étant un préalable au second. La mosquée est un lieu de rencontre, où les musulmans et les musulmanes prennent conscience du lien qui les unit. C’est aussi un lieu de diffusion du savoir et de l’éthique. Ils y apprennent les principes de leur religion qui dicteront leur relation avec autrui sur des bases de justice et de paix et qu’ils propageront ensuite autour eux. De là découle la fraternité, et de la fraternité découle l’aspiration à la justice et à l’égalité. Si chacun priait seul, chez lui ou dans son commerce, rien n’unirait les croyants et l’égoïsme des individus prévaudrait, encourageant l’orgueil et l’injustice des hommes. Pour sceller l’amour entre ses compagnons, le Prophète fit fraterniser chaque Emigrant avec un Ansar. Ces derniers devaient tout partager à tel point que, jusqu’à la bataille de Badr, ils héritaient les uns les autres après la mort. Ainsi, tout risque de rivalité était écarté entre les Mouhajiroun, ceux qui ont tout laissé derrière eux à la Mecque par amour d’Allah et les Ansars, ceux qui les ont accueillis prêts à les protéger comme leurs propres enfants, et il ne subsistait plus entre eux que l’amour en Dieu. Ceux qui aiment ceux qui émigrent vers eux, et ne ressentent dans leurs cœurs aucune envie pour ce que [ces immigrés] ont reçu, et qui[les] préfèrent à eux-mêmes, même s’il y a pénurie chez eux. Seigneur, pardonne-nous, ainsi qu’à nos frères qui nous ont précédés dans la foi ; et ne mets dans nos cœurs aucune rancœur pour ceux qui ont cru. Seigneur, Tu es Compatissant et Très Miséricordieux [59;9-10].

Et Allah sait mieux !


Rubrique: La vie du Prophète (psl)