8:00 - Lundi 23 juillet, 2018

- 10. Dhū al-Qaʿda 1439

Entre la Lettre et l’Esprit


Allah le Très Haut dit : ‘Il vous a légiféré en matière de religion, ce qu’Il avait enjoint à Noé, ce que Nous t’avons révélé, ainsi que ce que Nous avons enjoint à Abraham, à Moïse et à Jésus : Etablissez la religion ; et n’en faites pas un sujet de division’[42;13]‘Il ne t’est dit que ce qui a été dit aux Messagers avant toi. Ton Seigneur est certes, Détenteur du pardon et Détenteur aussi d’une punition douloureuse’[42;43] et Il fait dire au Prophète, prières et salut sur lui : ‘Je ne suis pas une innovation parmi les messagers’ [46;9]. En effet, tous les prophètes et les messagers sont venus avec un même et unique message : la foi en un Dieu Unique, le rejet de l’idolâtrie, la croyance au Jour de la Résurrection et du Jugement, au Paradis et à l’Enfer, et avec une même mission : la réforme des mœurs, recommandant le bien et blâmant le mal. D’ailleurs le Prophète, prières et salut sur lui, disait qu’il n’avait été envoyé que pour réformer les caractères [Mouslim]. Pendant treize années à la Mecque, la Révélation Divine et les enseignements prophétiques n’ont visé qu’à l’enracinement de la croyance saine et correcte et au perfectionnement de l’éthique de la première communauté musulmane. Ceci constitue la base et l’essentiel de la religion, ce qui n’a jamais varié à travers le temps.

La religion agrée a toujours été l’Islam, dans le sens de la pleine soumission au Très Haut, même si elle ne fut pas toujours appelée ainsi. Chaque prophète et chaque communauté se soumirent sur la base des commandements spécifiques qu’ils reçurent d’Allah, ils observaient des rites et des commandements différents, priaient dans des langues différentes, mais intérieurement, leur conviction, leur foi et leur moralité étaient les mêmes : ‘Nous fîmes descendre la Torah dans laquelle il y a guidée et lumière, c’est sur sa base que se soumirent [asslamou] [nombre] de prophètes (…)’ [5;44].C’est Allah qui choisit la manière par laquelle les hommes doivent L’adorer et ‘Il n’appartient pas à un croyant ou à une croyante, une fois qu’Allah et Son messager ont décidé d’une chose d’avoir encore le choix dans leur façon d’agir. Et quiconque désobéit à Allah et à Son messager, s’est égaré certes, d’un égarement évident‘ [33;36]. Même Abraham demandait humblement : [Mon Dieu] montre nous nos rites [2;128]. Chaque communauté est tenue de suivre le dernier prophète envoyé par Allah : ‘Chaque fois que Je vous enverrai un guide, ceux qui le suivront n’auront rien à craindre, et ne seront affligés’ [2;38]‘Et lorsqu’Allah prit cet engagement des prophètes : Chaque fois que Je vous accorderai un Livre et de la Sagesse, et qu’ensuite un messager vous viendra confirmer ce qui est avec vous, vous devrez croire en lui, et vous devrez lui porter secours’ [3;81]. Or le dernier prophète, après lequel aucun autre prophète ne viendra est Muhammad , prières et salut sur lui : ‘Muhammad n’a jamais été le père de l’un de vos hommes, mais le messager d’Allah et le dernier des prophètes’ [33;40], donc les croyants doivent se conformer à la Loi avec laquelle il a été envoyé et ne peuvent en choisir une autre ou s’y soustraire : ‘La religion agrée d’Allah est l’Islam (…) Quiconque désire après cela, suivre une autre voie ne sera pas agrée et sera dans l’au-delà au nombre des perdants’ [3;19&85] et le Prophète , prières et salut sur lui, de dire : ‘Par Celui qui détient mon âme entre Ses Mains, si Moïse était vivant, il me suivrait’ [Ahmad]. Cette Loi fut révélée pendant les dix années médinoises, qui suivirent l’émigration, après que les bases de la religion aient été fermement établies.

Les croyants doivent s’efforcer de vivre les deux aspects de leur religion : son Esprit et sa Lettre, dans un juste équilibre et dans un mariage parfait. L’erreur dans laquelle beaucoup tombèrent, a été de s’attacher à l’un au détriment de l’autre. Ainsi en fut-il, de la secte musulmane des kharijites (khawarij). Le Prophète, prières et salut sur lui, les a décrit avant qu’ils n’apparaissent, comme un groupe à l’apparence impressionnante, il disait à ses compagnons : ‘Vous aurez honte de votre prière, de votre jeûne, de votre lecture du Coran, par rapport aux leurs ; pourtant leur lecture du Coran ne dépasse pas leurs gorges, ils s’écartent de l’Islam comme la flèche qu’on vient de tirer’ [Al Boukhari & Mouslim]. En effet, ces gens là, priaient, jeûnaient et lisaient beaucoup le Coran mais celui-ci n’affectait par leurs cœurs, tant ceux-ci étaient durs. Ils se révoltèrent contre Ali Ibn Abi Talib, le gendre et le cousin du Prophète, prières et salut sur lui,, et allèrent jusqu’à le taxer de mécréance au nom de leur mauvaise compréhension du Coran. Ils ne comprirent pas l’esprit de l’Islam et ses principes généraux, aussi ne purent-ils pas comprendre la Lettre à laquelle ils prétendaient s’attacher. A l’inverse, fut la secte musulmane mutazilite, qui prétendit s’attacher à l’esprit, trouvant des interprétations rationalistes à tous les récits coraniques qui dépassaient leur entendement.

Les musulmans qui suivirent la voie de la Sounnah et celle des Califes biens dirigés, s’attachèrent à l’esprit et à la lettre de l’Islam. Cependant, ils divergèrent quant à la place à donner au raisonnement analogique pour interpréter les textes. Une minorité, représentée par l’école Zâhirite du célèbre Ibn Hazm [384-456 H], rejeta le principe de raisonnement, pensant que l’on devait par prudence, se garder de chercher à interpréter les textes et s’arrêter à leur sens apparent.  Cette école de pensée ne versa cependant jamais dans l’extrémisme et l’égarement des kharijites, elle vécut un temps puis disparut.

Les adeptes des quatre grandes écoles juridiques et la majorité des savants ont, quant à eux, accepté et eu recours au raisonnement pour mettre en valeur les objectifs des textes, et pour ne pas que leur application littérale puisse aller à l’encontre de ces objectifs. Pour eux la raison est la troisième source de Législation, après le Coran et la Sounnah authentique, mais l’interprétation des textes ne peut être faite que par des savants érudits, avec prudence et selon des conditions précises. Cet avis est corroboré par le hadith authentique dans lequel, le Prophète, prières et salut sur lui, a envoyé Mouadh pour prêcher les gens du Yémen. Lui demandant avec quoi il jugerait. Mouadh répondit : « Avec le Livre d’Allah ? », le Prophète, prières et salut sur lui, reprit : « Et si tu ne trouves pas ? » – « Avec la Sounnah de son Messager »,  « Et si tu ne trouves pas ? » – « Alors, dit Mouadh, j’essaierai de faire de mon mieux pour déduire le jugement correct ». Le Prophète, prières et salut sur lui, frappa alors amicalement l’épaule de son compagnon et remercia Allah de l’avoir guidé au droit chemin [Abou Daoud].

Et Allah sait mieux !


Rubrique: La religion médiane