7:44 - Vendredi 23 octobre, 2020

- 6. Rabīʿ al-Awwal 1442

Le danger du culte de la personnalité


Allah le Très Haut dit : Parmi les hommes, il en est qui prennent, en dehors de Dieu, des égaux à Lui, en les aimant comme on aime Dieu et les croyants sont les plus ardents dans leur amour pour Allah [2;165]. Dieu nous décrit là l’une des formes subtiles que peut prendre l’idolâtrie que nos savants ont appelé chirk al mahabba et le chemin qui y mène, à savoir le fait d’exagérer dans l’amour que l’on porte à un individu ou à un groupe. D’ailleurs cette forme de culte rendu à la personne, ou la nation a toujours existé, comme en témoigne le Coran dans les histoires d’Abraham, de Joseph ou de Moïse. Dieu dit au sujet de Nemrod, le despote qui fit convoquer Abraham et qui se prenait pour un dieu : N’as-tu pas su (l’histoire de) celui qui, parce que Dieu l’avait fait roi, argumenta contre Abraham au sujet de son Seigneur ? Abraham ayant dit : Mon Seigneur est Celui qui donne la vie et la mort, – C’est moi qui donne la vie et la mort, rétorqua le roi injuste. Joseph lorsqu’il invita ses compagnons de prison à croire en Dieu, leur recommanda également de ne pas vouer un culte à leur roi qu’ils vénéraient de manière exagérée : Ô mes deux compagnons de prison ! Qui est le meilleur ? Des souverains éparpillés ou Dieu, l’Unique, le Dominateur suprême ? [12;39]. Pharaon, enfin, l’archétype coranique du parfait tyran, prit le contre-pied de la prédication de Moïse en disant : ô conseil de ministres ! je ne connais pas pour vous d’autre dieu à adorer que moi ! [28;38]. Par ailleurs, les historiens nous ont rapporté de nombreux discours, dans lesquels les premiers musulmans, qu’étaient les compagnons du Prophète (paix et salut sur lui), présentaient l’Islam comme un message visant à libérer les gens de la servitude de leurs semblables, afin qu’ils ne servent que leur seul Créateur. Le culte de la personnalité est donc proscrit.

Avant d’arriver à ce stade d’amour ou de crainte exacerbé qui constitue une entache au monothéisme pur de l’Islam [al tawhid], et une forme d’association [chirk], la démesure dans les sentiments légitimes que nous, croyants, pouvons porter à un individu ou à un groupe en raison de sa foi, de sa piété, de son savoir ou des services rendus par lui à l’humanité ; ou moins légitimes, quand ces sentiments ne sont dus qu’à des liens de parenté ou à des origines communes ; cette démesure constitue donc une forme de fanatisme que l’Islam réprouve. Cela se produit lorsque l’on surestime une personne, au point de fermer les yeux sur ses erreurs et ses défauts, oubliant que nul n’est parfait sinon Dieu, et que nul n’est infaillible après le Prophète (paix et salut sur lui). Pire encore est le fait d’aimer ou de détester les gens, de les considérer comme croyants ou incroyants, sincères ou hypocrites en fonction de leur position vis-à-vis d’un individu ou d’un groupe ! Ce comportement n’engendre finalement que haine, divisions entre les croyants, dispersion des énergies et avilissement de la communauté.

Concernant le fanatisme dû aux liens du sang, le Coran le blâme en de nombreux endroits : Et quand on leur dit : Suivez ce que Dieu a fait descendre, ils disent : Non, mais nous suivrons les coutumes de nos ancêtres. – Quoi ! Et si leurs ancêtres n’avaient rien raisonné et s’ils n’avaient pas été dans la bonne direction ? [2;170] ; Et quand on leur dit : Croyez à ce que Dieu a fait descendre, ils rétorquent : Nous ne croyons qu’à ce qui nous a été révélé à nous. Et ils rejettent le reste, alors qu’il est la vérité confirmant ce qu’il y avait déjà avec eux [2;91].

Quant à l’amour légitime [moubah] que l’on porte aux gens de bien, ou prescrit [char’i] comme dans le cas du Prophète (paix et salut sur lui), il est pour Dieu et en Dieu, en considérant que l’individu aimé ne l’est qu’en raison des vertus et des grâces que Dieu lui a accordées, et en se rappelant qu’après le Prophète (paix et salut sur lui) tout le monde commet des fautes [l’erreur est humaine et les meilleurs de ceux qui commettent des erreurs sont ceux qui se repentent – Al Tirmidhi & Ibn Majah : Sahih] et a forcément des défauts. L’imam Malik disait : tout imam peut voir juste et peut se tromper, sauf bien sûr, l’habitant de cette demeure, en montrant à ses disciples la tombe du Prophète (paix et salut sur lui). Nous pouvons citer des propos semblables de la plupart des grands imams. Et c’est d’ailleurs un signe de sincérité d’un guide spirituel (mourchid/imam), que de rappeler à ses disciples ses propres limites, ou même de reconnaître publiquement ses fautes. Dieu mentionne cela comme un gage de véracité des imams par excellence que furent les envoyés : Il ne conviendrait pas à un être humain à qui Dieu a donné le Livre, la Compréhension et la Prophétie, de dire ensuite aux gens : Soyez mes adorateurs, à l’exclusion de Dieu ; mais au contraire, [il devra dire] : Devenez des savants, obéissant au Seigneur, puisque vous enseignez le Livre et vous l’étudiez [3;79]. Nous retrouvons ce comportement d’humilité chez le Prophète (paix et salut sur lui) qui, bien qu’il mérite tout notre amour et notre respect, n’aimait pas que l’on exagère vis-à-vis de sa personne, et disait : n’exagérez pas dans mon éloge (…) dîtes simplement de moi que je suis le serviteur/esclave de Dieu et son messager [Al Boukhari]. À un homme qui faisait état d’une trop grande retenue devant lui, le Prophète (paix et salut sur lui) dit humblement : mais qu’as-tu donc ? Je ne suis, comme toi, que l’enfant d’une femme de Qouraysh (…) qui mangeait des choses simples [Ibn Majah, Al Hakim : Sahih ; auth. Al Dhahabi].

Aussi, pour éviter le fanatisme vis-à-vis des gens, fussent-ils des savants ou des gens de piété, devons-nous garder éveillé notre esprit critique.

Et Allah sait mieux !


Rubrique: Se réformer