7:52 - Vendredi 23 octobre, 2020

- 6. Rabīʿ al-Awwal 1442

Ce qui nuit à la fraternité


Allah le Très Haut établit une règle fondamentale, une règle d’or, dans Sa Parole : ‘les croyants ne sont que des frères. Etablissez la concorde entre vos frères, et craignez Dieu, afin qu’on vous fasse miséricorde’. Travailler à établir puis entretenir les liens d’affection, d’amour et d’entraide entre les gens de foi est une obligation religieuse comme la prière, le jeûne etc. Aller à l’encontre de ce principe en favorisant la dispute et les conflits est un péché majeur.

Dans les versets qui suivent, Dieu nous met en garde contre ce qui nuit souvent à la fraternité et participe à détériorer les relations entre les gens : Ô vous qui avez cru ! Qu’un groupe ne se moque pas d’un autre groupe : ceux-ci sont peut-être meilleurs qu’eux. Et que des femmes ne se raillent pas d’autres femmes : celles-ci sont peut-être meilleures qu’elles. Ne vous dénigrez pas et ne vous lancez pas mutuellement des moqueries. Quel vilain mot que perversion lorsque l’on a déjà la foi. Et quiconque ne se repent pas… Ceux-là sont les injustes. Ô vous qui avez cru ! Évitez de juger trop vite [autrui] car une partie des préjugés est péché. Et n’espionnez pas ; et ne médisez pas les uns des autres. L’un de vous aimerait-il manger la chair de son frère mort ? Vous en aurez horreur. Et craignez Dieu. Car Dieu est Grand Accueillant au repentir, Miséricordieux [49;10-12].

La moquerie, le dénigrement, la mauvaise présomption ou l’empressement à juger autrui, le fait de s’épier et de rechercher les défauts et les faux pas d’autrui, et la médisance, sont autant de péchés majeurs, qui ne nuisent pas seulement à leur auteur ou à sa victime, mais qui participent à saper le fondement principal des relations sociales en Islam, et qui nuisent de ce fait à la religion elle-même.

Dieu qualifie ces manières d’agir de ‘perversion’, et leur auteur d’’injuste’ s’il s’entête dans ce comportement, en nous donnant finalement une image abominable, celle d’un monstre cannibale dénué de toute compassion et de toute humanité ! Ceci a pour but de nous faire prendre conscience de la gravité de ces actes que le diable veut que l’on minimise et qu’il nous présente comme étant licites. Arrêtons-nous donc un instant sur ces versets afin de méditer et demandons à Allah qu’Il nous préserve de ces tares.

Qu’un groupe ne se raille pas d’un autre groupe… Allah nous défend – hommes et femmes – de nous moquer d’autrui.

Un tel comportement relève d’un sentiment de supériorité que l’on a, à tort ou à raison, doublé d’un mépris vis-à-vis de celui que l’on présume nous être inférieur, en beauté, en richesse, en intelligence, en force, en savoir etc. Pourtant le Prophète (paix et salut sur lui) nous a appris que l’orgueil c’est le fait de nier la vérité et de mépriser les gens [Mouslim], or ceci est interdit religieusement, selon le consensus. D’ailleurs, nous savons, que celui qui a dans le cœur, ne serait-ce qu’un atome d’orgueil ne rentrera jamais au Paradis [Mouslim] !

Comment donc purifier nos cœurs de ces sentiments ?

Après l’aide de Dieu, nous devons d’abord nous souvenir que les qualités que l’on a et qui nous donnent ce sentiment de supériorité sont un don de Dieu. Il peut nous les reprendre, comme Il peut nous punir au cas où nous les utilisons pour mal nous comporter. Nous devons être reconnaissants envers Dieu pour ses bienfaits, et cette reconnaissance ne peut se traduire que par de l’humilité et de la bonté vis-à-vis de Ses créatures. Quant aux défauts d’autrui, à ses faux-pas et à ses erreurs, cela ne doit pas générer chez nous du mépris, mais plutôt de la pitié et de la compassion à son égard. Pense donc à tes propres défauts et tes propres péchés, crains Dieu qui peut s’Il le veut les dévoiler devant les gens ; et montre toi reconnaissant encore envers Lui s’Il t’a préservé de ces manques, en ne méprisant pas ses créatures.

Ceux-ci sont peut-être meilleurs qu’eux, et en effet, celui qui se moque ou qui méprise autrui risque d’être méprisé auprès de Dieu et de se trouver auprès de Lui dans une condition inférieure à celle de celui dont il se moque.

Ne vous dénigrez pas, or le dénigrement ici, peut être verbal ou dans les actes, comme le fait de colporter le mal et de rapporter ce qui corrompt les relations entre les gens. Dieu dit : Malheur à tout calomniateur diffamateur [104;1], grand diffamateur, grand colporteur de médisance [68;11].

Ne vous lancez pas mutuellement des moqueries… il s’agit ici de qualifier les gens ou de plaisanter avec eux d’une manière qui les blesse, que l’intention de nuire soit présente ou pas ; certaines personnes sont plus susceptibles et plus sensibles que d’autres.

Évitez de juger trop vite… en préjugeant des intentions d’autrui, ou en l’abordant avec une mauvaise présomption, avec une idée déjà faite de lui, ou en le suspectant ; cela n’est pas permis ! Lorsque parfois il est arrivé à certains compagnons de remettre en cause la sincérité de telle ou telle personne, le Prophète (paix et salut sur lui) les reprenait immédiatement en leur disant : as-tu regardé son cœur pour voir s’il est sincère ou non ?! Il y a aussi le fait de se précipiter à juger une personne sur un acte ou sur une parole que l’on a peut-être mal compris, ou que l’on nous a mal rapporté. Et combien ne rapportent que ce qui les arrange lorsqu’ils sont en conflit ou en rivalité avec autrui ! Pourtant le Prophète (paix et salut sur lui) nous éduque en nous disant : Attention aux préjugés, car ils sont souvent mensonges [Al Boukhari & Mouslim]. Ja’far Ibn Mohammad disait : lorsque tu présumes  que ton frère a commis une faute, cherche lui jusqu’à soixante-dix excuses, et si tu n’en trouves pas dis-toi : ‘il y a sûrement une raison à laquelle je n’ai pas pensé’ ! [Al Bayhaqi].

N’espionnez pas… dont l’un des sens est ici le fait de se guetter les uns les autres, à la recherche des défauts ou des faux-pas d’autrui, des bienfaits dont il jouirait et que nous n’aurions pas pour l’envier. Pourtant, nous avons tant de choses à corriger en nous, dans notre comportement et dans nos actes quotidiens. Voilà la recherche qui devrait nous occuper : sois à l’affût de tes manquements et de tes fautes, et pas de ceux de ton frère, tu seras aimé et agréé auprès de Dieu, et les gens t’aborderont sereinement sans rien avoir à craindre de toi !

Ne médisez pas les uns des autres… or la médisance, nous apprend le hadith, c’est le fait de parler de son frère/sa sœur  en disant ce qui lui déplairait d’entendre même si ce que l’on dit est vrai, car sinon, nous l’aurions calomnié [Al Tirmidhi, Ahmad, Abou Dawoud : hassan-sahih]. On rapporte que le Prophète (paix et salut sur lui) dit un jour dans l’un de ses prêches : Ô vous qui avez cru avec vos langues cessez de médire des musulmans et de chercher après leurs défauts. Celui qui passe son temps à chercher les failles d’autrui, Dieu dévoilera ses failles, et l’humiliera au sein même de son foyer [Abou Ya’la, auth. Al Haythami].

Et craignez Dieu… car seule la piété nous guérira et nous préservera de ces terribles maladies du cœur. Car Dieu est Grand Accueillant au repentir, Miséricordieux… alors à nous de mériter sa miséricorde et son pardon, en nous repentant et en abandonnant ces tristes habitudes.

Et Allah sait mieux !


Rubrique: Se réformer